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Subprimes

Dernière mise à jour : 6 mars 2023

Subprimes, c’était clairement pour vous supprimer

C’était un pont de gloire vers votre exclusion

Tu voulais être et vivre comme tout le monde

Tu végétais, pris entre tes guillemets

Toi aussi aurais mérité ta pagode

Comme les autres humains ta propre maison

Quand la jeune commerciale trop bien habillée

Est venue pour te faire visiter les lieux

C’est toute la famille qui s’est agenouillée

Des gens qui pourtant ne croyaient plus en Dieu

Tu as eu un peu peur et surtout lorsque

Tu as entendu le mot hypothécaire

Que les subprimes étaient des prêts à haut risque

Les subprimes jouaient c’est vrai ton avenir

Pour une fresque tu as hypothéqué hélas

Tes chances futures et mis au défi le pire

Déshonneur, humiliation et les rapaces

Ont fait de vous ces désorientés, ces fous

Sans toits, mais des célébrités, pauvres clous

De la loose, pauvres bouffons de la télé

Vous aviez aussi le droit de polluer

Dans vos lotissements hâtivement éclos

Cabanes de plâtre qu’on appelle pavillons

Comme des dartres sous les perpétuels pots

D’échappement de vos obèses véhicules

Copiées-collées, zones de démangeaisons

Finissent en purée, en buissons ridicules

Que des gens pauvres aient un tant soit peu l’air riches

Ca ne pouvait qu’agacer, gratter, gêner

Comme à la bourse, tu le sais, sans capital

Tu dévisses, à coup de pieds vers la corniche

Toi le chiche qui pleurniche, seras l’abyssal

Raté, le caniche mal peigné, sans bakchich

Tu vas retourner à ta friche, à la niche

Dans ton trou d’obus, dans le jus de ta honte

Rejoindre ta famille en état de choc

Dans cette tempête financière qui se démonte

La seule option à l’horizon c’est faire bloc

Cette crise-là ne causera aucune émeute

Ni manifestation, piquet ou pancarte

Là c’est toi mon gars qui signais le contrat

Ce sont quatorze jours si tu te rétractes

Où tu peux annuler abracadabra

Quinzaine où tu as écumé les bistrots

Célébré tout ce tralala en grande pompe

T’illusionnant profond en pleine victoire

T’esclaffant devant un si aisé triomphe

De ce tour de force au moyen d’un seul doigt

Un doigt d’honneur à cette honte héréditaire

Qui vengera ces générations à plats

Convoitant encore le dessus de zéro

Tu as spéculé à tort qu’un bras de fer

De pacotille pouvait être la voie royale

Que ce dénouement porté à ta hauteur

Serait l’ouvre-boîte délivrant de ce mal

Qui depuis loin te tient la gorge et le cœur

Cette disgrâce qui en tous points te paralyse

L’infériorité qui marque au rouge ton âme

Ce message caché qui toujours te dégrise

Refrain lugubre comme un tatouage toxique

Outrages te privant parfois de toi-même

T’ayant même institué jouet public

Variable d’ajustement, remplaçant, pantin

Tu pensais exorciser par ton château

Ce sceau posé jadis sur ton cuir trop brun

Retrouver enfin le printemps de ta peau

Le monde entier t’a trouvé sur les genoux

Déjà avant, et après, et pour toujours

Pauvre fou, amoureux de ta destinée

Dévot idolâtre d’une pensée mort-née

En criant toujours ton amour, tu es l’or

Qui nourrit ces tableaux vivants et leur thème

Récurrent, du fond des intrigues le trésor

Des écrans. L’injustice est la valeur même

Qui fonde l’entertainment, le fil des histoires

Dont tu te gaves bien plus que de temps en temps

Tu n’aimes rien que l’âcreté des romans noirs

Où femmes et hommes sont déshabillés, livrés

Ballotés par le hasard ou par des mains

Mauvaises et sans charité, qui les écrasent

Ton œil fasciné ne songe qu’à épier

Le trou des scènes d’arbitraire réitérées

Jusqu’à la nausée, les points précis de honte

Qui te parlent de toi dans les très anciens contes

De misères et de vicissitudes, l’extase

Qui te rassure, là où tu te sens chez toi

Une vase où tu aimes te baigner, la base

Où tu peux te reconnaitre avec effroi

Ce sera toujours ça de plaisir, de joie

Même si tu es toujours seul dans ce partage

L’héritage triste du vaincu sert à tout

Cette part congrue que tu rognes dans ta cage

Est resservie aux infos, vendue bien haut

Indignations, incantations, compassions

Ta charité est ce fabuleux fourre-tout

Où tu n’es jamais égal, ni sociétaire

L’abandon seul t’y sera un compagnon

En creux dans ces histoires qui tutoient l’enfer

Où tu dois rester à ta place, disponible

Pour servir, non pas travailler, mais servir.

Tes espoirs seront de lire la Sainte Bible

Ou rêver devant les films à ta mesure

Ou jouer à des jeux d’argent, de vampires

Mais tu ne retrouveras pas ta masure

Tant que ton stupéfiant refuge, Étranger,

Sera la honte, celle dont tu dois te défendre

Âprement, car il est bon que tu sois né

Et maintenant nous aimerions bien t’entendre

N’est-ce pas ? Les Subprimes, appelés la mort-gage

Hameçons habiles à te vendre et te revendre

Pour l’emballage, le parcage ou l’attelage

S’ils t’ont supprimé, te voilà au pointage

Ce n’est pas la résilience qui te rend si

Valeureux mais la faim qui t’aura ranci



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