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Bribes de vie... Hélène

Sur la table devant moi, il y a un mug de café.

Je regarde les petites bulles se promener à la surface du liquide brun.

Comment on a pu en arriver là ?

J’essaie de me souvenir comment tout a commencé.

Mes pensées se mélangent.

Ma mémoire est brumeuse. Douloureuse.

Des larmes me montent aux yeux.

Ma gorge se serre.

Je refoule l’émotion qui monte. Déglutis.

Je prends la tasse pour boire une gorgée.

Ma main tremble.

Le café est déjà froid. Infect.

Je n’en veux plus. Je me lève d’un coup.

La tête me tourne un court instant.


Je me précipite vers la porte qui mène vers le jardin.

L’ouvre. J’aspire une grosse goulée d’air.

Fais quelques pas.

Les herbes hautes me caressent les jambes.

Mes oreilles saisissent le bruissement des feuillages agités par le vent.

Des grappes de moucherons virevoltent devant mon visage.

La forêt s’étend au-delà des collines.

Patrick est parti par là, il y a cinq jours.

Peut-être plus.

Les traces de ses pas avalées par la nature.


J’ai perdu toute notion de temps.

Tous les appareils électriques ont cessé de fonctionner en même temps, avant son départ.

Ma montre s’était arrêtée à quatre heures trente et une.

Il commence déjà à faire sombre. La fraîcheur devient palpable. Je frissonne.

Nous sommes venus ici pour nous retrouver. Prendre le temps de parler de ce qui avait failli faire imploser notre couple.

L’enlèvement de notre fille de quatre ans, Hélène, il y a deux ans. Une angoisse insoutenable.

Pas de demande de rançon. Aucune nouvelle. Une attente interminable.

L’incompréhension. Puis les reproches. Et la culpabilité de n’avoir rien pu faire.

Le déchirement de ne pas savoir. Le doute qui nous ronge de l’intérieur depuis deux ans.


On a trouvé cette maison isolée sur un site de location en ligne.

L’emplacement nous a paru idéal pour affronter et exorciser notre douleur.

Une bonne idée au départ qui a tourné au cauchemar.

À présent, je suis complètement seule. Les questions sans réponse sont de retour.

Et s’il lui est arrivé quelque chose ?

S’il s’est perdu ?

S’il a été attaqué par un animal ?

Je me sens impuissante. Découragée.


Un petit bruit me tire de mes idées sombres.

Je retiens mon souffle. Prête l’oreille.

Tic, tic, tic.

Ma montre s’est remise en route. Vingt et une heures trente sept.

Peut-être que mon téléphone remarche ?

Je me précipite vers la table basse du salon où je l’ai posé la veille.

J’appuie sur les touches. Rien. Écran noir.

La maison est silencieuse, d’un silence palpable comme de la poix.

J’entends mon cœur cogner contre mes côtes, mon souffle court.

Je m’assois sur le canapé. Je n’ai aucune envie d’aller me coucher.

De toute façon je ne pourrais pas fermer l’oeil. Tic, tic, tic.

Tic, tic, tic…


Un bruit sec me fait sursauter. J’ouvre les yeux.

Que se passe-t-il ?

Un rayon de soleil oblique traverse le salon jusqu’à ma jambe.

J’ai dû m’endormir. Il fait jour.

Un bruit sourd à l’étage.

Je pense à Patrick. Est-ce lui ? Je me dirige vers l’escalier.

- “Patrick, c’est toi ?”

Silence.

Je monte à l’étage. Rien.

Du coin de l’œil je vois une lampe de chevet au sol.

- “C’est curieux, comment elle a atterri là ? ”

Quelqu’un est entré.

J’ai une montée de stress.

Je regarde par la fenêtre ouverte. Une silhouette court vers la lisière des bois. Impossible de voir si c’est un homme ou une femme.


J’observe plus attentivement la chambre. Le tiroir de la commode est entrouvert.

Je regarde à l’intérieur, il est vide. Je ne me souviens pas y avoir rangé quelque chose.

Je retire le tiroir et passe la main dans le fond. Rien.

Mon doigt effleure quelque chose. Une petite aspérité de papier collé.

Je tire dessus et entends un cliquetis. Quelque chose tombe dans le fond. Je prends l’objet : une clé USB.

L’angoisse refait surface.

Qui a planqué la clé à cet endroit ? Patrick ? Que contient-elle ?

Qui a pénétré dans la maison ? Pourquoi ? Qu’est-il arrivé à Hélène ?

Toutes ces questions sans réponse. Je n’en peux plus !

Je veux savoir ce qui se passe.


Je prends la clé, fonce dans le salon, fouille dans mon sac.

Je prends mon ordinateur portable, ouvre l’écran. Il s’illumine !

Enfin ! Je vais pouvoir appeler de l’aide et voir ce que contient la clé.

J’insère la clé et clique sur la touche de lecture. À l’écran, l’image est granuleuse.

Une fillette aux cheveux longs regarde la caméra.

Elle dit un mot : “- Maman”.

Puis l’image se brouille. L’ordinateur s’éteint. Inerte.

Hélène ? Est-ce bien elle ? Je reconnaîtrai sa voix entre mille ! Elle est en vie !

Après tout ce temps !

Un immense espoir m’emplit le cœur.


Je ne tiens plus en place. Je sais ce qu’il me reste à faire : la retrouver coûte que coûte !

Tic, tic, tic.

Détermination. Espoir.

J’enfile mes chaussures de marche, prends mon sac et me précipite hors de la maison.

Je cours vers la forêt. Je me laisse rapidement engloutir par la végétation silencieuse.

Silence.

Obscurité.

Tic, tic, tic…

Silence.

Espoir.

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